Archives pour juin 2011



Quelques mots d’histoire…

Quelques mots sur…

Le tatouage:

D’où viennent-ils? De quand datent-ils? Les origines de la pratique du tatouage sont assez floues. On a retrouvé des traces relevées sur le corps d’Otzi, l’hibernatus autrichien âgé de près de 5300 ans, mais les racines de cette pratique sont certainement plus anciennes encore. Ce que l’on peut dire de cette pratique multimillénaire, c’est que cette pratique est universelle puisqu’on la retrouve sur tous les continents et chez de nombreux peuples: Celtes, Eskimos, Egyptien, Japonais, Polynésiens, Berbères, Nuba, Pygmées… Le rite est donc commun à de nombreux peuples mais par contre le sens des tatouages, leurs usages varient à travers l’histoire et les cultures.

Au Japon, des figurines au visage peint ou gravé, vieilles d’au moins 5000 ans servaient vraisemblablement à accompagner la personne décédée dans l’au-delà. Les tatouages revêtaient une signification religieuse ou magique à cette époque. Plus tard, vers 720 après JC, les tatouages servirent à identifier les grands criminels et les bannis, dont les dessins reflètaient souvent le lieu du crime.

En Egypte, les archéologues ont trouvé la momie d’une femme qui aurait été prêtresse de la déesse Hathor il y a environ 4000 ans. Elle avait des lignes parallèles tatouées sur les bras et les cuisses, de même que sous le nez. Selon les spécialistes, ces lignes auraient une connotation érotique, comme la plupart des tatouages de l’Egypte ancienne.

Au nord de la frontière séparant la Chine et la Russie, furent mis en évidence des tombeaux des Pazyryks, qui étaient de redoutables guerriers ayant vécu il y a plus de 3000 ans. Certains corps quasi intacts portaient des tatouages, qui représentaient des animaux, tant imaginaires que réels. Les chercheurs croient que certains dessins plus abstraits, mais aussi apparents, étaient destinés à un usage thérapeutique. Aujourd’hui, quleques tribus vivant en Sibérie utilisent toujours le tatouage dans le but de soulager les maux de dos.

En Inde et au Tibet, les tatouages accompagnent les grandes étapes de la vie: puberté, maternité, maladie, deuil. Le peuple Karen (Nord de la Thaïlande), dans sa lutte contre l’armée birmane arborait encore récemment des tatouages talismans qui devaient arrêter les balles de l’adversaire. De leur côté, les Grecs et les Romains utilisaient le tatouage pour distinguer les classes. Par exemple, ils marquaient les esclaves, les condamnés à mort et les prostituées afin que la population les reconnaissent.

Le Piercing:

Le piercing consiste à percer la peau pour y insérer un anneau, un diamant ou tout autre forme de décoration. Le piercing est une pratique ancestrale, connue des Indiens Mayas (anneaux dans la langue), des Papous (osselets narinaires), des Massaïs (oreilles). Se faire percer les oreilles était naguère une tradition familiale. Le port de boucles d’orielles était considéré comme normal. Mais de nos jours nombreux sont les adolescents et certains adultes qui se font poinçonner plusieurs fois la chair en de nombreux endroits. Il y a une vingtaine d’années, un nouveau mouvement culturel, les Punks, fit son apparition. Ce mouvement assez marginal, de tendance assez violente, ne voyait aucun futur, et se perçait le corps avec des épingles à nourrices. La mode du piercing s’est depuis répandue, pour atteindre maintenant de nombreuses couches de la société. Toutes les parties du corps sont concernées par le piercing.

Les scarifications:

la scarification consiste en l’incision de la peau assez profonde de manière à laisser des cicatrices. Les lésions ainsi formées sont alors frottées avec des cendres chaudes et des morceaux de bois. Cette technique a pour but de laisser des traces de type de brûlures. Les scarifications sont un moyen de montrer son appartenance à une ethnie et sont aussi considérées comme l’expression d’une grande beauté.

Signalons pour terminer, qu’évidemment aucune de ces modifications corporelles ne sont sans danger car elles nécessitent l’introduction de corps étrangers dans la peau, la rupture de la barrière cutanée et sont donc propices aux déclenchements d’infections qui peuvent rendre la cicatrisation longue et douloureuse. Elles doivent être réalisées de manière stérile.

 82atatouage.gifTatouage traditionnel africain

82cscarif.gifscarification abdominale traditionnelle de la nouvelle-Guinée.

scarifications africaines

scarification204220thumb.jpgscarifications2.gifscarificationnubawoman.jpgcouteauxdescarificationducongo.jpg

Scarifications africaines. Un lien très intéressant: http://www.ezakwantu.com/Gallery%20Lister%20Hunter%20Photo%20Set%20D%20-%20Tattoo.htm

Reportage photos assez bien fait sur le déroulé.

tatouage filial…

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Faites comme lui, envoyez moi vos petites modifs’ 

Scarifications comme ornement: Jeune fille NUBA

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Jeune fille Nuba (Sud Soudan).

Art corporel des Nuba:

Les filles, dès l’âge de 3 ans, s’enduise de la tête aux pieds d’une huile teintée de terre ocre, plus ou moins rouge selon leur clan. Elles portent de nombreux colliers (perles, racines, graines, fruits secs, plume), le nez peut être percé pour y mettre un anneau, elles enduisent aussi leurs tresses de graisse et de terre.  Elles ont le corps et le visage couverts de scarifications, faites à l’épine et avec une lame. Les cicatrices sont recouvertes de farine de sorgho (une céréale) pour les sécher et leur donner une forme bien bombée. Les scarifications se commencent à l’âge de 10-11 ans sur le visage pour s’embellir, mais aussi parce que dans leur médecine traditionnelle, les scarifications sur le visage amélioreraient la vue et éloigneraient les maux de tête.

Aux premières menstruations, elles se scarifient sur le ventre. Passés les trois ans de leur premier enfant, elles se scarifiaient le dos, les fesses et les jambes pour « redevenir séduisantes ».

Les Nuba  aujourd’hui vivent en grande partie dans la pauvreté, en ville pour les réfugiés, ou en pays Nuba. Ils sont généralement victimes de discrimination. A partir des années 1960, leurs terres ont été occupées pour devenir de grosses fermes, ceux qui refusaient d’abandonner ces terres étaient emprisonnés ou assassinés. De 1992 à 2002, ils ont été entraînés dans la guerre civile entre le gouvernement islamiste de la capitale et le sud du pays. De nombreux Nuba ont été massacrés, déportés et enfermés dans des camps. En 2005, après les affrontements, les Nuba de retour dans leurs villages n’ont pas retrouvés leurs terres agricoles, confisquées par le gouvernement.

Pour la biblio:

Oswald Iten, Le Soudan, Zurich, Editions Silva, 1983

Eliane et Pierre Dubois, pays des Nouba, Lausanne, Edita S.A. 1980

Leni Riefenstahl, Les Nouba de Kau, Paris, Chêne, 1976

S.F. Nadel, The Nuba. An Anthropoligal Study of the Hill Tribes in Kordofan, Oxford University Press, 1947.

Merci à Fabio pour cette contribution !emoticone

 

Art nouveau, sur le thème du paon

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Sur le thème du Paon.

Au Moyen Âge, on croyait que la chair du paon était imputrescible. Pour cette raison, il est devenu symbole d’immortalité. Au Moyen-Orient, le paon figure de chaque côté de l’arbre de vie et symbolise l’incorruptibilité de l’âme et la dualité psychique de l’homme.

En Inde, le paon est vénéré, et étroitement associé à la fertilité. Sa danse symbolise le réveil de la nature.

Le paon est un des motifs utilisés dans l’art nouveau à l’instar d’Aubrey Beardsley.

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Convention internationale tattoo et piercing

Convention internationale tattoo et piercing

19 au 21 OCTOBRE 2012 Palais des FESTIVITES Evian

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La chair du monde

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Si l’on ne peut véritablement savoir à quand remontent ces pra­tiques, l’universalité du tatouage ne peut être contestée. C’est loin du continent africain, aux îles Marquises, en Nouvelle-Zélande et au Japon que le tatouage manifeste le plus de complexité, ten­dant à envahir le corps tout entier.

Les techniques permettant d’introduire un colorant dans le derme pour y fixer un dessin indélébile sont nombreuses, la plus cou­rante étant la piqûre. Elle se fait à l’aide d’un instrument tradi­tionnel effilé, silex, aiguille en bois, épine végétale, arête ou écaille de poisson. La percussion sur les dents d’un peigne, et la brûlure du derme au moyen d’une tige végétale incandescente sont des méthodes plus rarement utilisées. En général, le tatoua­ge est obtenu soit en imprégnant de colorant l’instrument piquant ou contondant, soit en dessinant sur la peau le tracé du motif choisi, ou en y déposant, préalablement à la piqûre, la matière colorante ; celle-ci peut être d’origine végétale ou anima­le parfois mêlée à de l’huile. Le pigment le plus utilisé demeure le noir de fumée, fabriqué à partir de la combustion de plantes, de bois ou de graisses animales. Il donne une teinte plus ou moins brune, et possède l’avantage d’être particulièrement bien toléré.

Le terme tatouage a été souvent employé de façon erronée pour désigner les scarifications largement répandues en Afrique noire. Ces marques exploitent, dans le cadre précis des exigences d’un art visuel, toutes les ressources des propriétés optiques des des­sins qui se concentrent sur la surface de la peau.

Le rapport au monde de tout homme est donc primordialement une question de peau. Les marques corporelles sont des manières d’inscrire le sens à même la peau.

L’écriture du corps, son façonnement par les signes de la culture, qu’il s’agisse de la chair elle-même ou des manières de la vêtir, du traitement des cheveux ou de la pilosité, est une donnée élémentaire de la condition humaine. L’homme n’est pas un animal qui s’installe dans le monde sans le déranger, il le modifie, il s’approprie la matière de son existence. Aucune société humaine n’échappe à cette volonté de faire de la présence au monde, et notamment du corps, une œuvre propre à une com­munauté. Jamais l’homme n’existe à l’état sauvage mais est toujours immergé dans une culture, un univers de sens et de valeurs. Sa peau est donc une surface d’ins­cription. Les marques corporelles n’ont de signification que dans un contexte cultu­rel précis, et ne peuvent en être soustraites sans perdre leur sens originel. L’une de leurs premières destinations est d’arracher l’être humain à l’indistinction en l’isolant de la nature ou des autres espèces animales. levi-strauss note a propos d’une société du Brésil : « il fallait être peint pour être homme : celui qui restait à l’état de nature ne se distinguait pas de la brute » Maintes sociétés traditionnelles réser­vent un statut inférieur à l’homme et à la femme non marqués ; ils demeurent en deçà de la communauté qui exige le parachèvement symbolique de la personne, ils échappent au sort commun, ils ne peuvent se marier. En Polynésie, où la personne n’était pas d’emblée enracinée dans sa chair, mais composée de fragments reliés entre eux, le corps était formé d’entités susceptibles d’être dangereuses pour l’indi­vidu ou les autres. Ainsi le tatouage venait-il sceller la personne dans sa chair. «Le processus consistant à envelopper d’images [... ] fournissait au guerrier une peau ou une coquille supplémentaire. Il réduisait également les risques de contagion aux­quels le corps est exposé et limitait sa tendance à souffrir de la proximité du tapu d’autrui, que ce soit en l’attirant ou en l’affaiblissantD.LEBRETON

Les lieux du corps ainsi investis sont modifiés, mis en valeur ou soustraits aux yeux du groupe suivant leur statut et selon qu’ils sont ou non recouverts par des vêtements. Mais, le plus souvent, il importe de les voir.

Le tatouage a une valeur identitaire, il dit au cœur même de la chair l’appartenance du sujet au groupe, à un système social, il précise les allégeances religieuses, les relations au cosmos, il humanise à travers une mainmise culturelle dont la valeur redouble celle de la nomination ou de l’appartenance sociale. Au sein de certaines sociétés, le signe renseigne sur la place de l’homme dans une lignée, un clan, une classe d’âge ; il indique un statut et affermit l’alliance. Impossible de se fondre dans le groupe sans ce travail d’intégration qu’opèrent les signes imprimés dans la chair. Les membres d’une même communauté portent par­fois des marques corporelles identiques, par exemple certaines pour tous les hom­mes, d’autres pour toutes les femmes. Les signes cutanés redoublent alors l’identité sexuée. La peau masculine affiche plutôt la bravoure, les actions d’éclat…, là où celle des femmes privilégie la fécondité, la séduction… Mais il arrive aussi que les marques soient singulières, individualisent, et que chaque membre de la commu­nauté façonne celles qu’il préfère ou celles qu’il a méritées par ses exploits de guerre ou de chasse.

Les inscriptions corporelles durables accompagnent les rites initiatiques de nom­breuses sociétés traditionnelles : circoncision, excision, subincision, limage ou arra­chage des dents, amputation d’un doigt, déformations, scarifications, tatouages, excoriations, brûlures, etc. Arnold Van Gennep rappelle que «le corps humain a été traité comme un simple morceau de bois que chacun a taillé et arrangé à son idée : on a coupé ce qui dépassait, on a troué les parois, on a labouré les surfaces planes, et parfois, avec des débauches réelles d’imagination [...].» Il ajoute : « Les mutilations sont un moyen de différenciation définitive33 Dans ces sociétés, le statut de personne l’immerge, avec son style propre, au sein de la communauté. Les marques impriment sur son corps une inaliénable égalité et une cosmogonie compréhensible par tous. Rituelles, elles inscrivent dans la durée le changement ontologique de l’initié : il n’est plus le même après la redéfinition dont sa chair a été l’objet. À la trace physique qui livre désormais le jeune à l’approbation du groupe, la douleur ajoute son supplément souvent soigneusement distillé, comme si, au-delà de la trace incisée, elle était non moins nécessaire.

Le rite de passage des sociétés traditionnelles sollicite, au cours d’épisodes sou­vent pénibles, les ressources morales requises par la communauté. Il énonce les valeurs fondatrices du lien social, et, surtout, la douleur expérimentée par ses membres dans ce cadre rituel les prépare à supporter les vicissitudes de l’existence (ci-contre). Dans un environnement hostile, le courage individuel est en effet une vertu essentielle à la survie du groupe. La douleur subie instaure une mémoire de la résistance à l’adversité qui rend l’initié moins vulnérable dans les épreuves inhé­rentes à sa condition. La trace corporelle équivaut au sceau de l’alliance, elle fait sens pour chacun des membres de la communauté. Elle est un signe d’identité que nul ne conteste. La redéfinition sociale de l’initié par une modification physique de son apparence a une éminente valeur symbolique. Elle établit, une fois pour toutes, son identité sexuelle. En accueillant le signe distinctif sur sa peau et en domptant la douleur les yeux ouverts, sans céder sous son joug, le jeune manifeste sa bravoure et atteste de son appartenance à part entière à la communauté.

Samoan_tattoo Avant le christianisme, nombre de peuples européens, parmi lesquels les Scots, les Bretons, les Goths, les Germains, marquaient leurs corps. D’après Végèce, les légionnaires romains portaient sur le bras droit le nom de l’empereur et la date de leur enrôlement.

Par contre, pour les religions du Livre, le tatouage ou les autres marques corporelles (hormis la circoncision) sont en principe interdits. La Bible dit clairement son refus de toute intervention visible et durable sur le corps humain. Le respect de son intégrité est une forme essentielle de fidélité à une création où rien n’est à ajouter ni à retrancher. Cet interdit a longtemps valu son statut négatif au tatouage. «Et vous ne vous ferez point d’incisions dans votre chair pour un mort, et vous ne vous ferez pas de tatouages», ordonne le Lévitique. Seul Dieu dispose du privilège de modifier le corps des hommes. Et dieu imprime sa marque au visage des mécréants : «Cet homme qui à la lecture de nos versets dit : « Ce sont des contes anciens », nous lui imprimerons une marque sur le nez .Kafka s’en souviendra quand il imaginera sa « machine », l’ imprimante diabolique et absurde de la colonie penitentiaire qui grave la sentence sur le corps même du condamné

Selon ces principes,les sociétés occidentales vont réprouver l’usage du tatouage, qui apparaîtra comme symbole de marginalité. Toute modification corporelle sera versée au compte de la sauvagerie, ou de la lasci­vité, et combattue. En outre, le lien symbolique est aisément établi entre sociétés «primitives» et tatouages des populations «marginales» (matelots, soldats, truands, ouvriers). L’association des «primitifs» d’ici et d’ailleurs est courante sous la plume des psychiatres ou des criminologues au tournant du xxe siècle. Elle sert à discréditer les uns et les autres. Baraques de foire et cirques livreront longtemps – et avec succès – les tatoués à la curiosité du public.

Pourtant, Au début des années 1980, les marques corporelles changent radicalement de statut. Happées par la mode, le sport, la culture naissante et multiple des jeunes générations, elles se diversifient dans une quête de singularité personnelle : tatouage, piercing, branding (dessin ou signe inscrit sur la peau au fer rouge ou au laser ; p. 108) scarification, lacération, fabrication de cicatrices en relief, stretching (agrandissement des trous du piercing), implants sous-cutanés, etc.Vaudou21212

Les marques corporelles, même si elles miment parfois de manière explicite celles des sociétés traditionnelles ou si ceux qui les portent revendiquent cette filiation dans des discours enthousiastes, prennent une signification exactement inverse lors de cet emprunt : dans la culture occidentale, elles sont individualisantes, elles signent un sujet singulier dont le corps n’a plus fonction de relier à la communauté et au cosmos, mais d’affirmer son irréductible individualité .

Dans une société d’individus, la collectivité d’appartenance ne fournit plus que de manière allusive les modèles ou les valeurs de l’action. Le sujet est lui-même le maître d’œuvre qui décide de l’orientation de sa vie. Le monde, dès lors, est moins l’héritage incontestable de la parole des aînés ou des usages traditionnels qu’un ensemble soumis à la souveraineté individuelle moyennant le respect de certaines règles. La signification de l’existence relève d’une décision personnelle et cesse d’être une évidence culturelle. La relation au corps est désormais celle à un objet nourris­sant la représentation de soi.

La marque traditionnelle est affiliation de la personne comme membre à part entière de sa communauté d’ap­partenance ; en Occident, elle affiche la différence du corps propre, coupé des autres et du monde, mais lieu de liberté. L’individu qui choisit un tatouage ou un piercing dit sa dissidence d’individu, sa quête de différence, là où le membre d’une société traditionnelle proclame son affiliation à une totalité symbolique à laquelle il ne sau­rait se soustraire sans se perdre.

Dans les sociétés traditionnelles, l’identité résulte non pas d’un choix délibéré, d’une construction de soi, mais de la position de la personne au sein d’un groupe qui impose des droits et des devoirs, et insère dans une symbolique difficile à modi­fier. La marque confirme un statut là où, dans nos sociétés, elle est une décision per­sonnelle sans effet sur le statut social, même si elle confère à l’individu une singularité particulière. C’est justement parce que nos sociétés contemporaines sont individua­listes – au sens où elles font du corps un instrument de séparation, d’affirmation d’un «je» – qu’une telle marge de manœuvre existe dans le remaniement de soi. Le corps est un facteur d’individuation ; quiconque le modifie, modifie son rapport au monde. Pour changer de vie, on change son corps ou, du moins, on essaie chaque Occidental revendique être un corps propre. D’où la prolifé­ration des interventions sur le corps dans nos sociétés où règne la liberté, c’est-à-dire l’individu en tant qu’il décide de son existence.Vaudou21211

Les marques ne sont jamais une fin en soi dans les sociétés traditionnelles, elles accompagnent de manière irréductible des cérémonies collectives ou des rites d’ini­tiation ; elles disent le franchissement d’un seuil dans l’évolution personnelle, le pas­sage à l’âge d’homme, l’accession à un autre statut social, l’entrée dans un groupe particulier, etc. Elles s’inscrivent dans le processus de transmission par les aînés d’une ligne d’orientation et d’un savoir pour les novices. Les marques sont le moment corporel d’une ritualité plus large.

Les marques occidentales contemporaines consti­tuent des formes symboliques de remise au monde, mais d’une manière strictement personnelle, n’ayant parfois de signification que pour soi, à travers l’invention d’un signe propre. À défaut d’exercer un contrôle sur son existence, le corps est un objet à portée de main sur lequel la souveraineté personnelle est presque sans entraves. Quand, dans la société grecque antique, le stigmate symbolisait l’aliénation à l’autre, la marque corporelle affiche aujourd’hui l’appartenance à soi. Elle traduit la néces­sité intérieure de compléter par une initiative propre un corps insuffisant en lui-même à incarner l’identité personnelle..d.lebreton.

Défense d’afficher!

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scarifications: cicatrices et esthétisme, les origines

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« À portée du regard et du toucher, s’affichent les signes du corps : des lignes s’inscrivent, d’autres s’estompent. Des formes naissent, parfois s’imbriquent ou se perdent, puis retrouvent leur mouve­ment pour partir à l’assaut d’une portion de surface lisse. Et tous ces dessins recherchent le motif d’un tressage, d’un tissage, ou les traces laissées par les êtres que dissimulent les rivières et les forêts, ou la mémoire des humains. » c.falgayrettes-leveau

À l’inverse de la peinture et du maquillage, superficiels et passa­gers, les tatouages et les scarifications créent une modification définitive des tissus cutanés.

Créées volontairement par l’altération du derme, les scarifications sont le résultat de cicatrices. L’incision est la technique la plus courante, la peau pouvant être entamée soit par de petites sai­gnées, soit par de longues estafilades. Les instruments sont les mêmes que pour les tatouages, mais s’y ajoutent des lames et des couteaux. La cautérisation est plus rarement utilisée. Parmi les ingrédients déposés sur les plaies figurent des hémostatiques, mais aussi des cicatrisants, ou des agents favorisant l’hyperplasie, c’est-à-dire le développement de l’un des constituants histologiques responsables de la cicatrisation et produisant parfois ces sortes de petits boutons, ces saillies cutanées boursouflées, qui sont autant de motifs décoratifs ayant l’aspect de chéloïdes.

Il est impossible de relever la diversité des motifs, car les choix obéissent non seulement aux croyances mais aussi à la fantaisie et aux multiples influences à l’intérieur d’une société. S’il est vrai qu’au sein d’un même groupe, des individus peuvent avoir en commun certains dessins, ou ne porter aucune trace, il arrive que des scarifications semblables se rencontrent dans des groupes extérieurs, sans qu’il y ait parenté ou lien.

Les scarifications parent la peau de motifs en creux ou en relief, dessinant des traits courts et fins, plus ou moins denses, plus ou moins étendus, isolés ou groupés en lignes parallèles.

« Les marques du corps maintiennent un certain accord entre deux ordres, l’un touchant au concret, à la matière, c’est-à-dire à la peau, l’autre aux données suggestives, au virtuel. Cette rencontre se réalise en un lieu de stabilité qui doit tendre vers l’unité et l’harmonie, favorisées par la présence des scarifications. Les des­sins s’animent d’une prégnance telle que les tracés respectifs peuvent s’engendrer réciproquement, les ondulations assurant le passage d’un plan à l’autre. Mais parfois, la décoration s’opère de façon serrée, diminuant à l’extrême l’intervalle, et jouant sur l’effet de raccourci, effet qui traduit inévitablement la pénétration du dessin au plus profond de la peau, comme sur le visage de quelques sculptures teke du Congo » c.falgayrettes-leveau

Signes d’appartenance, souvenirs des rites de passage ou de contacts culturels, fonctions erotiques, esthétiques, prophylac­tiques ou thérapeutiques, les scarifications se font les échos des croyances, des valeurs sociales ou des relations extrapersonnelles, échos lointains, assourdis, car toutes les données témoignant de la vie des individus, puberté, initiation, entrée dans une confrérie ou mariage, ont subi une transmutation plastique, que ce soit sur le corps même des hommes ou sur les sculptures.

Les motifs corporels traduisent les changements opérés dans la vie des indi­vidus, et affichent parallèlement leurs droits et leurs obligations. Mais à travers une ligne ou un dessin, c’est parfois toute une métaphysique, une cosmogonie une culture qui s’exprime..

stretching/étirement

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Auteur: galikaia

galikaia

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