Serpents et piercings d’Hitomi Kanehara

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« Je désirais mener une vie imprudente, laisser derrière moi un beau cadavre dans ce monde terne et sombre »


Résumé du livre

A dix-neuf ans, la jeune LUI, blonde platine, fresques fluorescentes et joues de bébé, traîne son mal de vivre et son envie de transgresser tous les tabous dans les ruelles interlopes de Tokyo. Lorsqu’elle en a besoin, elle travaille, habillée de la manière la plus sage et traditionnelle ; le reste du temps, elle est attirée par un monde obscur où l’entraîne AMA, jeune punk qui la fascine avec sa langue fourchue et ses multiples tatouages et piercings. LUI veut elle aussi devenir une adepte de la transformation corporelle. Elle passe de longues heures entre les mains de Shiba, artiste tatoueur très porté sur le sado-masochisme, qu’elle paie en nature. Entre rites d’initiation, trous percés dans tout le corps, clous et rasoirs, étreintes et interdits, le jeune fille va aller au bout d’elle-même – s’ouvrir au monde en s’ouvrant la peau… – tandis qu’AMA sombre corps et âme dans la violence, puis disparaît mystérieusement…

Comme un besoin d’exister en tant que personne
A travers l’épopée intime de cette jeune héroïne, on comprend mieux d’où vient le besoin qu’ont certains jeunes de marquer leur chair comme un moyen de se rebeller, d’explorer les limites, mais aussi d’affirmer une identité et de se reconnaître – d’exister, tout simplement dans une société étouffante.

Succès incontestable
Ce premier roman vaut à Hitomi Kanehara le prestigieux prix Akutagawa au Japon – et une réputation sulfureuse. Déjà culte, Serpents et piercings a été traduit en Asie, en Europe de l’Est et en Amérique du Sud

La critique par Claire Simon

Tout commence par une langue fourchue. Paroxysme de la mutilation esthétique, c’est à la fois le thème et le symbole du premier roman de Hitomi Kanehara. Le thème parce qu’il est ici question du corps, des souffrances et des transformations qu’une certaine jeunesse japonaise aime lui faire subir. Le symbole, car la langue que Lui mutile est à l’image de sa vie : torturée et absurde. Jeune Japonaise blonde platine, Lui vit au jour le jour, sans attache, et erre sans but d’une relation à l’autre. Quand elle rencontre Ama, elle est fascinée par sa langue fourchue et décide d’avoir la même. Il lui présente Shiba-San, tatoueur et perceur sadomasochiste qu’elle paye en nature. Entourée de ces deux hommes ultra-violents, sorte d’anges de la mort, Lui se détruit petit à petit et se demande (presque avec impatience) lequel des deux finira par la tuer.
Avec un style dépouillé et cru, Hitomi Kanehara excelle dans la peinture de personnages cyniques, superficiels et désespérés. Et dans un univers où souffrance et plaisir ne font plus qu’un, elle nous donne à voir une jeunesse qui brouille les repères, et cherche un sens à la vie en repoussant les limites toujours plus loin. Mieux, elle ne prend pas parti, n’explique pas, comme pour mieux asseoir sa vision. Bien qu’au fond ‘Serpents et piercing’ parle d’amour (de soi et de l’autre), Hitomi Kanehara le traite avec froideur, crudité et finalement, pudeur. Un livre violent, pour tout ceux qui aiment se faire bousculer.

  Les extraits 

La première phrase
‘Tu sais ce que c’est, une langue fourchue ? – Une langue fendue en deux ? – Oui, comme la langue d’un serpent ou d’un lézard.

La phrase à retenir
Dés l’instant où mes yeux se sont posés sur la langue d’Ama, j’ai senti un frisson en moi comme si toutes mes valeurs morales commençaient de s’écrouler.

La phrase à retenir
Je désirais seulement faire partie d’un monde souterrain où le soleil ne brillerait jamais, où l’on n’entendrait jamais de sérénade et jamais au and jamais le moindre rire d’enfant.

Morceau choisi
Prête?
demanda doucement Shiba-San.J’ai levé les yeux et fait un petit signe de tête. « Allez, on y va », dit-il en posant le doigt sur la détente. Ses paroles l’ont poussée à imaginer Shiba-San en train de baiser. Je me suis demandé s’il avertissait les filles de son orgasme avec cette même voix douce. La seconde suivantej’ai entendu un bruit métallique et des frissons beaucoup plus violents que ceux de l’orgasme m’ont secoué tout le corps.J’ai soudain eu la chair de poule sur les bras, un spasme a parcouru mes membres. Mon ventre s’est crispé et, je ne sais pas pourquoi, ma chatte aussi, oùj’ai ressenti une démangeaison proche de l’extase. Le pistolet à piercing s’est ouvert en claquant, lâchant le clou. De nouveau libre,j’ai grimacé et rentré la langue.

Morceau choisi
Dehors le soleil se couchait et l’air était si frais quej’en ai eu le souffle coupé.J’ai mis un certain temps à retrouver ma contenance, puisj’ai marché vers l’appart d’Ama. Beaucoup trop de familles se baladaient dans les rues commerçantes. En fait, le brouhaha de toutes ces voix m’a donné envie de vomir. Un petit enfant s’est jeté dans mes jambes et sa mère a fait semblant de ne rien voir.J’ai gardé les yeux fixés sur ce gosse jusqu’à ce qu’il lève la tête et me dévisage. Quand nos regards se sont croisés, je jure qu’il était sur le point de chialer, alors je lui ai juste adressé un léger reproche avant de reprendre ma route. Franchement, je n’avais aucune envie de vivre dans ce genre d’univers. Je désirais mener une vie imprudente, laisser derrière moi un beau cadavre dans ce monde terne et sombre.

Morceau choisi
Le voir ainsi me donnait envie de réagir à son émotion, mais dés qu’une minuscule graine d’espoir s’enracinait en moi et se mettait à grandir, elle était toujours écrasée sous un tombereau de mépris de soi. Autrement dit, il n’y avait aucune lumière dans ma vie. Ma vie et mon avenir étaient d’un noir absolu, je ne voyais strictement rien au bout du tunnel. Avant cette époque je ne m’attendais certes pas à des choses mirobolantes, mais désormais je m’imaginais parfaitement m’écrouler raide morte dans le caniveau et je n’avais même pas l’énergie de réagir. Au moins, avant que je rencontre Ama, je m’étais toujours préparée à vendre mon corps le cas échéant. Mais maintenant je touchais vraiment le fond, je ne parvenais pas à faire autre chose que manger et dormir.

Morceau choisi
Comment pourrais-je ne serait-ce que deviner la vérité ?J’étais une fille qui ne voyait aucun avenir pour elle-même ; une fille qui n’aimait personne. Je menais une existence à peine plus palpitante qu’une parodie de l’ébriété. Mais dés quej’y réfléchissais, je m’apercevais que les choses n’étaient pas aussi tranchées. Au fil des semaines, au fil des mois, je découvrais que je commençais à ressentir quelques chose pour Ama.

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Auteur: galikaia

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